Lundi 8 juin, j’ai animé une journée de formation à l’intelligence artificielle générative pour les équipes de Ventil’Lab à Marseille. Une journée différente de mes interventions habituelles, et c’est précisément ce qui la rend intéressante à raconter.

Ventil’Lab : un métier exigeant, peu visible
Ventil’Lab intervient sur tous les équipements de ventilation de laboratoire — sorbonnes, postes de sécurité microbiologique (PSM), hottes à flux laminaire, armoires de sécurité, bras articulés. Pour qui n’a jamais mis les pieds dans un labo de recherche, ça paraît abstrait. Concrètement : ce sont les équipements qui protègent les chercheurs et techniciens de la chimie qu’ils manipulent, et qui garantissent la fiabilité des expériences.
Sans entretien rigoureux, ces équipements deviennent dangereux et faussent les résultats. Et chaque intervention de Ventil’Lab produit un rapport technique réglementaire — c’est précisément là que l’IA peut faire la différence.
Pourquoi de la formation IA pour des techniciens labo ?
On me pose souvent la question avec un sourcil levé : « tu vas former qui à l’IA ? Des techniciens qui font de la maintenance ? ». Oui, et c’est même là que je vois les plus belles transformations.
L’équipe Ventil’Lab passe une partie significative de son temps à produire du contenu écrit :
- des rapports d’audit détaillés après chaque intervention,
- des devis argumentés (un PSM ou une sorbonne, ça se discute longuement),
- des réponses techniques à des questions clients pointues,
- de la veille réglementaire (les normes EN 14175 pour les sorbonnes, EN 12469 pour les PSM, ça bouge régulièrement),
- de la communication client et de la prospection.
Sur tous ces points, l’IA générative permet de gagner 40 à 60 % du temps, à qualité au moins équivalente. Pas en automatisant à l’aveugle, mais en utilisant l’IA comme un assistant qui structure le brouillon que le technicien va relire, corriger et signer.

Le choix de Claude Cowork : pourquoi pas ChatGPT ?
La question s’est posée d’emblée. ChatGPT est le plus connu, on aurait pu se contenter de ça. Mais pour Ventil’Lab, j’ai recommandé Claude (Anthropic) en mode Cowork. Trois raisons concrètes :
D’abord, Claude écrit naturellement bien en français professionnel. Pour un rapport d’audit qui finira chez un laboratoire pharmaceutique ou un CNRS, on a besoin d’un ton sobre, technique, précis. Claude est la référence sur ce terrain.
Ensuite, Claude gère sans broncher des contextes longs. Un rapport d’audit peut faire 30 à 50 pages avec des annexes techniques. Claude peut tout ingurgiter, en sortir un résumé exécutif, puis reformuler une section précise sans perdre le fil. C’est rare.
Enfin, et surtout, le mode Cowork. Claude Cowork permet à plusieurs collaborateurs d’une même équipe de travailler simultanément dans un même projet IA, avec les mêmes documents, les mêmes prompts personnalisés, le même historique. Pour une équipe Ventil’Lab répartie entre Marseille, les tournées clients et le siège, c’est exactement le bon outil. Tout le monde voit le même brouillon, on peut commenter, reformuler, valider à plusieurs sans s’envoyer dix versions d’un PDF par mail.
La journée du 8 juin : programme et déroulé
Nous étions installés dans un espace de coworking à Marseille — un cadre adapté pour ce type de formation, plus dynamique qu’une salle de réunion classique. La journée s’est articulée autour de quatre temps forts.
Matinée — comprendre l’IA générative en 2026. Pas de cours théorique magistral, mais un tour d’horizon honnête : ce que l’IA sait faire bien, ce qu’elle fait mal, ce qu’on ne lui confiera jamais. Je tiens beaucoup à cette étape car elle évite à l’équipe deux pièges symétriques : la défiance de principe (« ça va halluciner ») et l’enthousiasme aveugle (« on va tout automatiser »).
Milieu de matinée — installation et premiers prompts. Création des comptes Claude Pro, configuration du mode Cowork, partage du premier projet. On a démarré avec un cas réel : reformuler un rapport d’audit existant pour le rendre plus clair pour le client final.
Après-midi — atelier rédaction documentaire. Le cœur du programme. Trois sous-cas pratiques travaillés en direct avec les équipes :
- Génération d’un compte-rendu d’intervention à partir de notes terrain brutes (photos + notes mobiles).
- Rédaction d’un devis argumenté pour la maintenance annuelle d’un parc de 12 sorbonnes.
- Préparation d’une réponse réglementaire à un client labo pharma qui demande la conformité à la norme EN 14175 part 6.
Fin d’après-midi — création des assistants personnalisés Ventil’Lab. On a construit ensemble trois « Projets Claude » sur mesure : un assistant pour les rapports d’audit, un pour les devis, un pour la veille réglementaire. Chaque assistant a été nourri du ton, du vocabulaire technique et des modèles documentaires de Ventil’Lab. À la fin de la journée, chaque collaborateur sait les appeler en deux clics.
Le point qui fait vraiment la différence : la confidentialité
Sur la maintenance d’équipements de laboratoire, on touche à des informations sensibles. Plans d’installations clients, configurations techniques, parfois noms de produits chimiques manipulés ou protocoles de recherche en cours.
L’avantage de Claude Pro Cowork, comparé à ChatGPT Free : les données utilisateurs ne sont pas utilisées pour entraîner les modèles Anthropic. C’est contractuel. Pour un partenaire technique de laboratoires pharmaceutiques ou de centres de recherche, c’est une condition de crédibilité, pas un détail.
J’ai aussi abordé le cas particulier de la souveraineté de la donnée : pour les laboratoires les plus sensibles (défense, santé, agroalimentaire stratégique), Mistral (français, hébergement européen) reste l’alternative à privilégier. Ventil’Lab pourra basculer sur Mistral si certains clients l’exigent contractuellement — c’est le réflexe à avoir.
Ce que l’équipe a emporté ce soir-là
Trois choses concrètes :
- Un projet Cowork partagé avec trois assistants Claude opérationnels, prêts à servir dès le lendemain matin.
- Une charte d’usage interne rédigée pendant la journée : ce qu’on confie à l’IA, ce qu’on n’y met jamais, comment on valide avant envoi client.
- Un plan d’action à 30 jours avec deux objectifs chiffrés : -50 % de temps sur les rapports d’audit, et un compte-rendu de visite envoyé au client dans les 24h (vs 5 à 8 jours avant).
On se retrouvera fin juin pour un point de suivi en visio. C’est le moment où on voit ce qui s’est appliqué et ce qui coince. Et c’est aussi le moment où on ajuste les assistants au regard des premiers retours terrain.
Vous êtes dans un métier technique et vous vous demandez si l’IA peut vraiment vous servir ?
La réponse, presque toujours : oui. Pas pour faire votre métier à votre place — vous resterez seul à savoir reconnaître un débit d’air défaillant ou un pli d’étanchéité douteux — mais pour absorber le contenu écrit qui pèse sur vos journées. Rapports, devis, mails clients, veille technique, mise à jour de fiches produits, traduction technique : c’est exactement le terrain où l’IA accélère sans rien retirer à la valeur humaine.
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