Pendant vingt ans, « maîtrise du Pack Office » a figuré dans presque toutes les annonces de postes administratifs. Une étude de la Paris School of Economics montre que cette ligne est en train de disparaître des offres d’emploi françaises, au moment même où l’IA générative s’installe dans les bureaux. Je vous explique ce que cela dit des compétences à développer avec l’IA dans vos équipes, et comment en tirer un plan de formation qui tienne la route.
Ce que révèle l’étude sur les offres d’emploi de bureau
Deux économistes de la Paris School of Economics, Marie-Renée Andreescu et Éric Maurin, ont passé au crible plus de 600 000 offres d’emploi publiées chaque trimestre sur France Travail, en les croisant avec les embauches réellement déclarées. Leur période d’observation va de fin 2021 au printemps 2025. Le résultat, relayé par le Blog du Modérateur dans son analyse de l’étude, tient en quelques chiffres :
- dans les métiers de bureau, les annonces qui exigent une compétence informatique ont reculé d’environ 40 % entre fin 2023 et début 2025 ;
- la maîtrise des logiciels bureautiques explique à elle seule l’essentiel de ce recul ;
- dans le même temps, la demande de prise de parole en public progresse de 7 points ;
- l’intelligence artificielle, elle, reste citée dans moins de 1 % des annonces, surtout pour des postes de développeurs.
Le point de bascule coïncide avec l’arrivée de ChatGPT et de son interpréteur de code, puis de Copilot dans Microsoft 365. Les auteurs le résument simplement : il n’est plus nécessaire d’être un expert d’Excel. Les salaires et le volume global d’offres restent stables. Ce qui change, c’est la liste des compétences que les recruteurs jugent utile de réclamer.
Ce dernier chiffre m’intéresse autant que les autres. Les entreprises ont cessé d’exiger la bureautique, mais elles n’ont pas encore remplacé cette exigence par une compétence IA formulée. Autrement dit, elles savent ce qu’elles ne demandent plus, pas encore ce qu’elles doivent demander à la place. C’est exactement ce vide que je retrouve en formation.
Pourquoi la maîtrise d’Excel ne suffit plus à faire la différence

Ne tirez pas de cette étude la conclusion que vos collaborateurs n’ont plus besoin de savoir se servir d’un tableur. Ce qui a perdu de la valeur, c’est la virtuosité technique : connaître par cœur la syntaxe d’une RECHERCHEV imbriquée, construire un tableau croisé dynamique en trois clics, écrire une macro. Ce savoir-faire se demande désormais en une phrase à un assistant IA.
Ce que l’IA a absorbé
En séance, je fais souvent la même démonstration. Je prends un export commercial un peu désordonné, du type de ceux que tous les services administration des ventes connaissent, et je demande à l’IA de le nettoyer, de regrouper les clients par secteur et de calculer l’évolution sur douze mois. La personne du groupe qui passait habituellement une demi-journée sur ce genre de fichier voit le résultat apparaître en moins de deux minutes. La réaction est toujours la même : un mélange de soulagement et d’inquiétude.
Le soulagement se comprend. L’inquiétude aussi : si la formule n’est plus une compétence rare, qu’est-ce qui fait encore la valeur de la personne devant l’écran ?
Ce qu’elle n’a pas absorbé
Dans la même démonstration, l’IA commet presque toujours une erreur. Un client compté deux fois parce que son nom est orthographié de deux façons, un avoir traité comme une vente, une colonne de dates mal interprétée. Ce n’est pas l’IA qui repère le problème. C’est la collaboratrice qui connaît ses clients et qui voit tout de suite qu’un chiffre « ne ressemble pas » à la réalité.
Voilà où se déplace la valeur : dans la connaissance du métier, la capacité à formuler une demande précise et le réflexe de contrôler ce que la machine rend. J’en parlais déjà à propos du temps réellement gagné avec l’IA en entreprise : sans vérification, le gain affiché se transforme vite en perte.
Les quatre compétences à développer avec l’IA dans vos équipes
Si je traduis l’étude en programme de formation, quatre compétences remplacent la vieille ligne « maîtrise du Pack Office ». Aucune n’est réservée aux profils techniques, et c’est une bonne nouvelle pour les PME.
1. Formuler une demande exploitable
La compétence la plus sous-estimée. Un collaborateur qui écrit « fais-moi un tableau des ventes » obtient un tableau générique. Celui qui précise la période, le périmètre, le format attendu et l’usage final obtient un document directement utilisable. Formuler, c’est d’abord savoir ce que l’on veut, et cela s’apprend avec des exercices sur ses propres dossiers, pas avec une liste de prompts miracles copiés sur internet.
2. Vérifier ce que l’IA produit
Je demande systématiquement aux stagiaires de relire un résultat d’IA comme s’il venait d’un stagiaire de première semaine : sérieux, rapide, et parfaitement capable d’une erreur énorme présentée avec aplomb. Contrôler un total, remonter à la source d’une affirmation, tester un cas limite. Ce réflexe vaut plus que n’importe quelle formule avancée, et il protège aussi l’entreprise sur les questions de confidentialité et de conformité.
3. Décider avec un regard métier
L’IA propose, elle ne tranche pas. Choisir entre trois relances client rédigées par l’assistant, arbitrer entre deux lectures d’un tableau de bord, décider de ce qui part en comité : tout cela repose sur le jugement de la personne qui connaît le contexte. C’est la raison pour laquelle je construis mes séances sur les documents réels de l’équipe. Le jugement ne se muscle que sur des cas concrets.
4. Restituer à l’oral
C’est le signal le plus inattendu de l’étude, et pourtant il se comprend très bien. Quand la production d’un document ne prend plus que quelques minutes, ce qui distingue un collaborateur, c’est sa capacité à présenter, expliquer et défendre ce document devant un client, un collègue ou sa direction. Je le vois dans les équipes commerciales et marketing : ceux qui tirent le mieux parti de l’IA consacrent le temps libéré à préparer leurs échanges, pas à produire encore plus de pages. C’est aussi l’esprit de ma formation IA et communication, où l’outil sert à préparer le message, pas à remplacer celui qui le porte.
Revoir votre plan de développement des compétences
Pour un dirigeant de PME ou une responsable RH, l’étude pose une question très pratique : que met-on dans le plan de formation de l’année ? Voici la démarche que je propose aux entreprises que j’accompagne.
- Faire l’inventaire des formations bureautiques prévues. Un stage de deux jours sur les fonctions avancées d’Excel a-t-il encore le même intérêt qu’il y a trois ans ? Parfois oui, pour des profils très spécialisés. Souvent, une journée sur l’usage de l’IA dans le tableur rend davantage service.
- Réécrire les fiches de poste et les annonces. Remplacez « maîtrise du Pack Office » par des attentes observables : savoir préparer une synthèse avec un assistant IA et en vérifier les chiffres, savoir présenter une analyse en réunion. Vos entretiens annuels y gagneront en clarté.
- Former par métier plutôt que par outil. Un service comptable, une équipe commerciale et une assistante de direction n’ont pas les mêmes usages. Ma formation IA pour les ressources humaines aide justement les équipes RH à cartographier ces usages avant de bâtir le plan.
- Garder un socle commun. Tout le monde n’a pas besoin du même niveau, mais tout le monde a besoin des mêmes règles : ce que l’on peut confier à l’IA, ce que l’on ne lui confie jamais, comment on vérifie.
Si votre entreprise est équipée de Microsoft 365, la transition est souvent plus simple qu’on ne le croit : les collaborateurs retrouvent leurs fichiers habituels, avec un assistant en plus. Ma formation Copilot Microsoft 365 part de là, en travaillant Excel, Word et Outlook sur vos propres dossiers.
Côté budget, ces formations sont finançables OPCO, CPF, FAFCEA ou FIF-PL selon votre situation. Je suis formateur déclaré DREETS, avec le numéro de déclaration d’activité 84260371226, et chaque participant reçoit une attestation officielle de formation. Les règles de prise en charge ont bougé récemment : je les ai détaillées dans mon article sur le financement d’une formation IA par votre OPCO.
Par où commencer dans votre entreprise
L’étude de la Paris School of Economics décrit un mouvement déjà engagé : les recruteurs ont retiré la bureautique de leurs exigences, sans encore écrire la suite. Vous avez l’avantage de pouvoir l’écrire pour vos propres équipes, avant que le marché ne le fasse à votre place. Formuler, vérifier, décider, restituer : ces quatre compétences à développer avec l’IA se travaillent en quelques jours, à condition de partir de votre activité réelle.
Si vos équipes n’ont pas encore de pratique commune, la formation découverte de l’IA pose ce socle en une journée. Pour aller plus loin, j’anime des sessions intra-entreprise sur mesure, dans vos locaux, notamment avec ma formation IA à Lyon et ma formation IA à Marseille, ou à distance selon votre organisation.
La ligne « maîtrise du Pack Office » disparaît des annonces. La bonne question n’est pas de savoir par quoi la remplacer sur le papier, mais ce que vos collaborateurs sauront faire demain que l’IA ne fera pas à leur place.